MONSIEUR LEARING  
 

Monsieur Learing vit seul dans son meublé deux pièces
Le salon la chambre où règne une forte odeur de sieste
Une vieille couverture à carreaux achetée il y a quinze ans à Glasgow
Réchauffe ses fragiles épaules les douleurs de dos

Monsieur Learing habite toujours la même adresse
Au fond d’ la cour pavée à coté d’un chien en laisse
Une belle écharpe en soie grise achetée dans une boutique à Venise
Délicatement repassée le col glacé de sa chemise

Et derrière la fenêtre de ses volets entrebâillés
Il s’endort toujours les bras en croix
Attendant qu’une étoile vienne le réveiller
Et qu’elle lui murmure tout bas
Qu’elle est toujours aussi belle, ici toutes les étoiles dansent avec elle
Et qu’elle est dans le ciel, une histoire ne meurt jamais quand elle est…

Monsieur Learing porte seul son costume de vieillesse
Un album de famille offert à Noël par Louise sa nièce
Un chapeau de John Wayne acheté à Monument Valley
Religieusement  posé sur ses cheveux blancs décoiffés

Et derrière la fenêtre de ses volets entrebâillés
Il s’endort toujours les bras en croix
Attendant qu’une étoile vienne le réveiller
Et qu’elle lui murmure tout bas
Qu’elle est toujours aussi belle, ici toutes les étoiles dansent avec elle
Et qu’elle est dans le ciel, une histoire ne meurt jamais quand elle est belle

Et contre toutes les apparences qu’il se donne fort de son corps amaigri
Il prétend que le défi des hommes c’est de s’aimer toute la vie