AINSI SOIT IL GIACOMETTI  
 

Il paraît qu’on entend des voix quand on marche dans la nuit
Il paraît même  qu’on se croise sans se voir, seul et on oublie
L’autre qui apparaît nu devant nous et, à genou
Au fond du trou
Il paraît  qu’on entend ces voix quand on marche dans la nuit
Il paraît même qu’on les entend hurler tout le long de leurs longues vies
Il  suffirait de tourner les regards au hasard d’une sombre rue
Elle se tient là, ainsi soit il

Il paraît qu’il y a des mains tendues quand on marche dans la nuit
Il paraît même qu’elles ont vécu la faim la soif et le mépris
L’autre qui se meurt lentement devant nous et ,à genou
Au fond du trou
Il paraît qu’on voit toutes ces mains quand on marche dans la nuit
Il paraît même qu’elles ont les poings serrés tout le long de leur longue vie
Il  suffirait de tourner les regards au hasard d’une sombre rue
Elle se tient là, ainsi soit il

Mais droit sûrement  il marche  nonchalant sûr de son chemin
Les bras ballants il marche obstinément  
Droit sûrement il marche évidemment sur de son déclin
Les bras ballants peut-il faire autrement.

Et le monde tourne jour et nuit
C’est ainsi,
Le monde tourne jour et nuit
Giacometti
L’homme marche toute sa vie